Kesâï

Le Printemps

Voici venu le zéphyr, la plaine est un paradis,
avril a dans les jardins mis un tapis de brocart.
Musc et girofle se mêlent à la senteur des jacinthes,
et la brise porte au vin un message de la rose.
Les eaux bleuissent pareilles au miroir que l'on polit,
l'odeur du santal s'épand rafraîchie avec du vin.
La tourterelle sur l'orme, le merle sur l'églantier,
le pinson dans le jasmin entonnent leurs mélodies.
Le mont s'est fait d'émeraude et constellé de corail :
le prestidigitateur reste ébahi devant lui.
La nuée venue du désert, telle la robe des moines,
porte en son centre l'éclair comme une croix de corail.
L'antilope se promène, dresse la tête et s'élance 
tantôt vers les mots tantôt vers la plaine et les vergers.
Le jardin offre à la rose une ombrelle de soie verte
pareille au dais qui jadis de Darius orna le trône.
La rose rouvre les yeux toute humide de l'ondée
comme une joue de brocart où perle encore une sueur.
Rouge et noire, l'anémone semble dire oui et non, 
comme hypocrite et fidèle, comme apparente et cachée.
Le lis fragile et musqué est la grappe des Pléiades,
les rameaux de l'églantier les Gémeaux et le Taureau.
Le bel arbre de Judée, décoré de milles grâces,
est fait de rubis balais incrustés dans de l'émail.
La tulipe est un grenat, la rosée sur son pétale
une perle qu'un plongeur de la mer lui confia.

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