Agnes Miegel

Ceci est l'histoire de la sept fois belle,
La sept fois belle de Stavore.
La ville aux portes d'argent
Enferme mainte riche comme elle.
S'en va-t-elle entendre matines
Clinquante de perles et de joyaux
D'envie pâlissent Marie et Sainte Catherine.

La sept fois belle est altière,
N'a jamais choisi d'amant,
En souriant laisse partir un chacun
N'a jamais perdu son coeur
Et parle : Colporteurs et mariniers!
Où donc est l'homme
Digne de la sept fois belle!
Un prince seul m'aurait! Viendrait-il ...

La sept fois belle revient de messe,
Voit près de la fontaine qui murmure
Dans l'ombre, un homme se tenant.
Comme le coeur s'est ému!
Il est tout autre qu'un chacun,
Ses cheveux sont noirs,
Ses yeux brillent de feu sombre,
Son vêtement est étrange et princier.

Pardonne, dit-il au travers des orgues,
Et sa voix est douce à ouïr
Je cherche la sept fois belle,
La sept fois belle de Stavore.
Au premier regard l'ait reconnue,
Nulle autre ne pourrait être
La vierge sept fois belle
Aussi vrai que suis prince de Samarcande.

Et la lune a sailli hors des brumes,
Rouge et fumeuse comme feuille d'automne;
Elle s'est dorée sur la porte du port
Et promenée sur la ville endormie.

Dans les bras de l'étranger
Dort la sept fois belle
Et le clair carillon de Saint Bogislav,
Comme les heures lointaine du dôme,
La berce dans son sommeil heureux.

La pâle lumière éclaire son visage calme,
Ses cheveux blonds luisent, longs et dénoués.
Elle sourit en dormant. Elle ne bouge
Quand le heurtoir frappe sourdement le portail :
Ouvrez à la Loi! Ouvrez au bourreau!
A grands cris, à grand bruit
S'en viennent chez la sept fois belle.
Elle se dresse et s'écrie fièrement :

A cette heure nocturne, qui cherchez-vous
Dans ma maison? Le juge en habits pourpres
Parle en riant : Livre-nous le Polonais.
L'assassin en fuite se trouve dans ton lit.
Mon fils était indigne de ton alliance.
Mais il te plut
Sans serment, sans promesse et sans bague
De convoler avec le serf meurtrier.

Devant la cathédrale, au pilori,
Se tient la sept fois belle,
La sept fois belle de Stavore.
Les bourgeois par centaines contemplent
Celle qui perdit biens et honneur.
Ils crachent, ils hurlent, ils crient :
Tu te tiens dans le cercle de paille,
Tu vas attachée à la chaîne grinçante
Comme une ourse qu'on fait danser!

Où est ta beauté, sept fois belle?
Les corbeaux rongent ton prince!
La sept fois belle ne lève pas les yeux,
Elle est muette dans son coin.
Ce jour infini tire à sa fin
Et hors des portes,
Des portes d'argent de Stavore,
La chassent les verges du bourreau.

La fuite des nues si pâles de lune
Se tord sur le ciel ténébreux;
Le vent froid de loin apporete
Un battement sourd et le cri des corbeaux.

Alors elle vit, noir sur la colline,
Se balançant de ci de là,
Au gibet, celui qui un jour l'aima.
Comme son va et vient était atroce!

Elle baisa le bois rugueux du gibet
Et parla, auréolée de vent :
Où sont mon bonheur, mes biens, ma fierté?
Misérable mort là-haut,
Fouetté de pluie, couronné de corbeaux,
Toi, assassin et voleur,
Je t'ai aimé
Et à tes pieds meurt la sept fois belle!

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