Laure

La couleur du Sacré

Je n'habitais pas la vie mais la mort.
Aussi loin que je me souvienne
les cadavres se dressaient tout droit devant moi :
"Tu as beau te détourner, te cacher, renier...
Tu es bien de la famille et seras des notres ce soir."

Ils discouraient, tendres et sardoniques,
ou bien,
à l'image de ce Christ, l'éternel humilié,
l'insane bourreau,
ils me tendaient les bras.
De l'Occident à l'Orient,
de pays en pays
de ville en ville
je marchais entre les tombes.
Bientot le sol me manqua.
Qu'il fut herbu ou pavé,
je flottais,
suspendue entre ciel et terre,
entre plafond et plancher.
Mes yeux, douloureux et renversés,
présentaient au monde leurs lobes fibreux,
mes mains, crochets de mutilés,
transportaient un héritage insensé.
Je chevauchais les nuages
avec des airs de folle échevellée
ou de mendiante d'amitié.
Me sentant quelque peu monstre,
je ne reconnaissais plus les humains
que pourtant j'aimais bien.
On me vit attérir au ciel de Diorama
où glacée jusqu'aux os
je me pétrifiai lentement
jusqu'à devenir un parfait accessoire de décor.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire