Thomas Stearns Eliot

Quelques Quatrains
deux poèmes

L'hippopotame au dos puissant
Vautre sa panse dans la fange;
Quelque robuste qu'il nous semble
Il n'est jamais que chair et sang.

Chair et sang est fragile et frele,
Ses nerfs sont passibles d'un choc;
Mais l'Eglise jamais ne chancelle
Car elle est batie sur un roc.

Son faible pas peut égarer
l'hippo qui va cherchant provende,
Mais l'Eglise, elle, sans bouger,
Encaisse ses dividendes.

Jamais mangue ne fut ravie
Par le popotame au manguier;
Mais l'Eglise est rafraichie
D'Outre-mer, par le grenadier.

Lors du rut l'hippo fait entendre
Des sons éraillés et odieux,
Mais chaque semaine l'Eglise chante
Notre joie d'etre un avec Dieu.

L'hippopo dort quand il fait clair
Attendant pour chasser, la nuit;
Et l'Eglise, divin mystère,
Ensemble dort et se nourrit.

J'ai vu le popotame voler
Au-dessus des moites savanes,
Et d'un choeur angélique entouré
Monter parmi les hosannes.

Au firmament enfin sera
Par le sang de l'Agneau lavé,
Parmi les saints demeurera
Pinçant une harpe dorée.

Blanc comme neige on le verra
Entouré des vierges du ciel,
Mais l'Eglise ne quittera
Son vieux bourbier pestilentiel.

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