Georges Bataille

L'expérience intérieure


Je ne veux plus, je gémis,
je ne peux plus souffrir
ma prison.
Je dis ceci
amèrement :
mots qui m'étouffent,
laissez-moi,
lâchez-moi,
j'ai soif
d'autre chose.
Je veux la mort
non admettre
ce règne des mots,
enchaînement
sans effroi,
tel que l'effroi
soit désirable;
ce n'est rien
ce moi que je suis,
sinon
lâche acceptation
de ce qui est.
Je hais
cette vie d'instrument,
je cherche une fêlure,
ma fêlure,
pour être brisé.
J'aime la pluie,
la foudre,
la boue,
une vaste étendue d'eau,
le fond de la terre,
mais pas moi.
Dans le fond de la terre,
ô ma tombe,
délivre-moi de moi,
je ne veux plus l'être.

Spectre en larmes
ô Dieu mort
oeil cave
moustache humide
dent unique
ô Dieu mort
ô Dieu mort
Moi
je poursuivrais
de haine
insondable
et je mourais de haine
comme un nuage
se défait

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